Blog

La diversité, Jo Ann

Si je peux commencer par te donner un conseil, à toi romancière, à toi romancier, c’est de ne pas ajouter de la diversité dans ton histoire si tu ne le sens pas.

Et je vais t’expliquer pourquoi.

 

Avoir des personnages divers et variés n’a jamais été réfléchi ou une prise de conscience militante de ma part. À l’âge de 12 ans, j’ai imaginé une histoire qui se déroulait dans une tour de Babel, et je ne me suis jamais demandé pourquoi.

Il y a peut-être du vrai quand on dit que nos premiers romans sont un reflet de notre vie, même lorsqu’on ne s’en rend pas compte. Le métissage fait partie de ma famille depuis 150 ans ; j’ai grandi comme une Third Culture Kid. C’était une culture / langue à la maison, une autre dans la rue, et une troisième à l’école. Je bougeais tous les trois quatre ans, et mes camarades bougeaient tout autant. Ma vie, en grandissant, a été faite d’un renouveau perpétuel de visages, de cultures, de langues, d’anecdotes.

 

Aujourd’hui pourtant, la représentation, ou son absence, est un sujet qui revient de plus en plus souvent.

 

Une fois, sur Twitter, j’ai vu passer un tweet qui disait « J’ai bien aimé ce roman, mais il n’y avait pas un seul personnage LGBT+ et ça m’a dérangé. »

Eh bien, moi ce qui me dérange, en tant que romancière, en tant que personne issue d’une minorité visible, c’est cette comptabilisation, comme s’il fallait un quota dans sa lecture alors que la discrimination positive reste de la discrimination.

À moi, ce qui me dérange, c’est qu’on me case quelque part parce qu’il le faut statistiquement, et non parce que je mérite d’y être.

À moi, ce qui me dérange, c’est qu’on cesse d’apprécier une histoire, son fond, sa forme, son tout, parce qu’on n’a pas coché la bonne case.

À moi, ce qui me dérange, c’est de lire et/ou entendre des commentaires comme « il y a un personnage xxx, alors je vais voir », comme si la représentation, quelle qu’elle soit, était synonyme de qualité.

Ce n’en est pas.

 

Si je peux te donner un conseil, à toi romancière, à toi romancier, c’est de ne pas ajouter de la diversité dans ton histoire si tu ne le sens pas.

Je veux être touchée par une histoire, ta sincérité, la beauté de ta plume. Je ne veux pas renoncer à un coup de cœur pour dicter à un écrivain : « Écoute, c’est très bien, mais tu sais, la meilleure amie pourrait être noire, et le frère pourrait être gay, tu vois, pour la représentation, ça me dérange sinon. »

On a une solution à ça, sinon : on écrit soi-même le livre qu’on veut lire.

 

Par contre, si tu veux sincèrement élargir ton champ des possibles, mais que tu as peur de mal faire, je vais te dire ce que je dis sur mon blog : ce n’est pas parce qu’on est issu d’une minorité qu’on revendique quoi que ce soit. On n’est pas tous nés pour être Rosa Parks ou Nelson Mandela, on peut être ennuyeux de banalité.

Parce qu’à la fin, c’est vraiment ça qui intéresse : qu’un personnage noir ou maghrébin ou asiatique ou transgenre ou gay soit ennuyeux de banalité.

Sinon, il y a toujours les bêta-lecteurs.

 

J’insiste toutefois sur un point : sois sincère dans ta démarche et aux autres de t’accepter.

Ça aussi, c’est la diversité.

Visited 150 times, 1 Visit today

About joann

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>